Né en 1949, Al Coutelis rentre à Pilote en 1971, il y reçoit, en 1972, le Grand prix du dessin de presse. Il collabore aux plus grands quotidiens (Le Monde, Libération, L'Humanité, L'Équipe Le Nouvel Observateur, L'Expansion, Science et Vie., et tant d'autres.). En parallèle, il signe des albums comme : "Survol interdit", dans la série Tanguy et Laverdure, avec Charlier au scénario (NOVEDI, 1988) Di Cazzo avec Fioretto ou "Bienvenue à Welcome Land" avec Tronchet (Fluide Glacial, 1998). En 2000, il donne vie au Commissaire AD Grand Rivière, chez Casterman, honoré par le prix Michel Crespin en 2003.
En juin 2002, " Le Privé ", dernière histoire inédite de J. Michel Charlier, dessinée par Coutelis, est publiée par Casterman. Al Coutelis fonde le magazine CargoZone en 2007. Il publie le premier tome du "Grec" en juin 2006 qui reçoit le Prix Méditerranée la même année.
Le dessin d'Al Coutelis révèle un artiste protéiforme. Son trait se fait rapide et humoristique dans ses strips destinés à la presse, et relève d'un réalisme à la Milton Caniff dans ses séries plus ambitieuses.
Rencontre avec un grand talent de la bd.
Comment es-tu tombé dans la bd ?
J’ai eu la chance de lire très tôt. Je lisais des livres, la presse et des illustrés pour les mauvais élèves Tartine Mariolle, Pim Pam Poum Kit Carson, Buck John, RODÉO, Pecos Bill, Tex Bill, Tex Tone, Kiwi, avec "Blek le Roc".Je lisais Vaillant, Spirou, puis Pilote, qui a été une révolution. Ça bousculait tous les genres, tous les codes. C’était plein de vie, il en émanait une musique nouvelle qui me plaisait. On avait envie d’y participer. Et comme j'ai toujours eu en moi l'envie d’écrire côtoyant l'envie de dessiner, j’ai choisi de faire de la bande dessinée qui est la rencontre des deux genres si vous m'autorisez ce raccourci. Et c'est à Pilote tout naturellement que je me suis présenté pour montrer mes dessins.
Tu es édité chez Glenat, Casterman, Fluide… Es-tu content de ton sort ?
J’en suis très content, ils sont tous très gentils. Dans la période actuelle, navigant dans la confusion des genres, quand on a la chance de vivre d'un métier si fluctuant, il ne faut pas se plaindre, ce qui ne veut pas dire qu’il faut tout accepter. Si la possibilité de pouvoir s'exprimer nous est donnée, il ne faut pas s'en priver.
Quels sont tes projets ?
Je vais peut-être aller vers un peu plus d’intimité, explorer des arcanes trop longtemps laissées en jachère, impénétrées. Je libère mon dessin en ce moment, je balaye les scories encombrantes, les lourdeurs affectées, les léthargies paralysantes. Je vais explorer l'audace pour voir un peu si les graphismes que je faisais jadis et que je n'osais pas dévoiler pourraient cohabiter avec la facture classique que j'aime - et que je revendique d'ailleurs. Sillonner mes envies graphiques et littéraires endiguées par le doute, l'incertitude depuis des années. Cependant, je n’ai particulièrement pas l’intention de me disperser.
J’ai fait beaucoup trop de choses, illustrations, dessin de presse, partout, et maintenant le temps est passé. Je me recentre sur ce que je sais faire le mieux. Je ne vais plus me perdre. J’ai été pendant de trop nombreuses années un mercenaire à qui l'on pouvait demander tout. Et qui, par faiblesse ou par gentillesse, acceptait… D’autres ont toujours tapé sur le même clou et ils se sont imposés. Ils ont eu raison, c'est ainsi qu'il faut faire. Je suis admiratif de certains qui, sans talent particulier, se sont inventé une grammaire graphique personnelle, originale et ont pu ainsi raconter génialement des histoires formidables. La BD c'est ça, raconter, et non se regarder dessiner. Ça c'est réellement magistral.Si je ne me suis pas imposé au grand public, je crois être estimé par mes pairs et j'ai un petit public, mais je n’ai pas la notoriété que j’aurais peut-être pu avoir. Il me reste vraisemblablement 10 ou 15 ans à produire. Je veux régler les soucis de santé que je rencontre depuis quelque temps puis je vais me préoccuper de mon " œuvre " au sens premier du terme, c'est-à-dire de mon ouvrage.
Je ne répondrai plus à toutes les pollicitations, les nombreuses demandes, les innombrables commandes de tout genre qui m'ont tant parasité mais que je ne renie surtout pas parce qu'elles m'ont permis de vivre bien, d'élever mes nombreux enfants.Je pense ne conserver qu’une seule série, "Le Grec", dans laquelle je me situe le mieux. Je laisse tomber tout le reste, par goût et par la force des choses, je pense que je ne suis plus dans le genre qu’il est à la mode d'encenser, dessiné du pied gauche, racontant son nombril dont le discours l'enveloppant est plus important que l'œuvre elle-même.
As-tu quelques souvenirs marquants à nous raconter ?
Plusieurs souvenirs importants : en 1962 ou 63, quand Fred est venu voir mes parents pour leur dire que la bande dessinée était un métier honorable, puis ma rencontre avec Goscinny vers 1964-65, c’était rue du Louvre à Pilote, la gentillesse et la disponibilité de ce type qui recevait des apprentis dessineux ou postulants dessinateurs était incroyable.J'ai eu la chance de connaître ou de travailler avec les plus grands dans ce métier : Charlier qui avait tous les défauts du monde, mais qui savait lire et écrire, connaissait Ponson du Terrail par cœur, savait ficeler un scénar, vous scotcher des heures durant par ses récits historiques ! Lob, la gentillesse et le talent pur derrière sa drôle de moustache, Goscinny, Charlier, Lauzier, Moebius, Parras, Abuli, de La Fuente, Ribera, Godard, Martial, Mulatier, Jacques Rampal et j'en oublie, qui aujourd'hui peut contester que ce sont là des noms de talents exceptionnels ?
Le souvenir le plus émouvant : il concerne Uderzo pour lequel j’ai une admiration sans borne, qui a marqué le désir que j’ai eu de faire ce métier, depuis l'enfance. Un géant dans un pays de nains. Être maintenant devenu son ami, le rencontrer, se parler autour d'un repas, boire un verre ensemble, bavasser des heures sur le métier, recevoir ses albums, ses livres dédicacés, aller papoter avec lui, c’est une sorte de légion d’honneur pour moi. À travers cette interview, je lui adresse toute ma tendresse et toute mon affection…

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