Alain David a la chance de faire aujourd’hui un métier qui fait rêver bien des jeunes : éditeur de bandes dessinées… Tombé dans la BD grâce au journal Tintin, il a ensuite travaillé pour Rackham, Vertige Graphic, Vents d’Ouest, Casterman et enfin, Futuropolis. Rencontre avec un travailleur riche de sa passion.
D’où vous vient l’amour de la bd ?
De mon amour du livre, du dessin, des artistes, de ceux qui savent (me) raconter des histoires, me faire voyager, frémir, rire, m’instruire. Mais pour ce qui concerne la bande dessinée, cela a commencé tout petit. J’habitais au fin fond de la campagne (un endroit où les gens ne font pas de manières si l’on en croit une ancienne vedette des années 70) et un jour, un représentant en porte à porte a proposé à mes parents de m’abonner au journal Tintin. Bingo. Je me plongeais dans le magazine toutes les semaines avec délectation ; je ne suis même pas certain qu’au début, je savais vraiment lire, mais je me souviens de chocs visuels très forts. Bernard Prince attaqué par des moustiques dans des marais ; toujours Bernard Prince pris au cœur d’une tempête de sable ; un aéroglisseur dont les phares dans la nuit laissait penser aux indigènes du cru que c’était un démon maléfique (dans les Franval. Je n’ai jamais relu, c’est peut-être pas plus mal). Et puis Bruno Brazil, Comanche, Chick Bill…Mon voisin lisait Mickey, et nous échangions nos lectures. Et de temps en temps, j’achetais Strange. (Avec tous ces éléments, découvre mon âge). Ensuite, il y avait les vacances à St Gilles Croix de Vie, où je lisais à la bibliothèque Tintin, Barbe Rouge, Astérix, Tanguy et Laverdure et où j’ai acheté mon premier album : "La piste des Sioux". Blueberry a été une vraie claque. Puis, j’ai lu un livre de Jacques Sadoul sur la bande dessinée (collection J’ai lu) et ma curiosité s’est aiguisée. Mes lectures se sont diversifiées, j’ai grandi avec les journaux plus adultes, À suivre, Pilote, Métal Hurlant, Charlie.
Comment avez-vous commencé votre carrière ?
J’ai gagné à un concours de circonstances. J’étais cuisinier à Paris. J’en avais marre. Un jour, j’ai rencontré les responsables des éditions Aedena et en janvier 1985, je tenais leur stand à Angoulême. Cela s’est bien passé et ils ont proposé de m’embaucher comme commercial. Grave erreur quand on connaît ma timidité maladive, mes difficultés à vendre quelque chose que je n’aime pas et ma difficulté à réclamer l’argent dû, mais j’ai accepté avec plaisir. J’ai vite été remplacé par un vrai commercial et suis devenu attaché de presse. Quand Aedena a coulé, j’ai cofondé avec Michel Lablanquie les éditions Rackham, en 1989. Premier indépendant (donc arrivé trop tôt). Puis ensuite, j’ai travaillé pour Vertige Graphic, Rackham version 2.0, en free-lance pour Vents d’Ouest, Casterman, et maintenant je suis éditeur chez Futuropolis.
Quels sont les joies et les peines du métier d’éditeur ?
La liste est trop longue. La principale joie est, je crois, de travailler avec des artistes formidables. Ce sont toujours des rencontres enrichissantes (humainement parlant). Ce serait injuste de citer un nom plus qu’un autre, mais, pour n’en citer qu’un, je reste épaté d’avoir pu travailler avec Will Eisner, mon maître en ce domaine. Les joies sont de voir des livres réussis appréciés du public.Les peines, c’est quand les livres sont bons mais que personne ne s’en aperçoit.
Quels sont vos projets ?
Continuer à faire des livres avec des auteurs que j’aime et continuer à surprendre les lecteurs avec des livres extraordinaires !