Comment es-tu devenu un passionné de bd ?

Christophe QuilliemChristophe Quilliem

Comme disait je ne sais plus quel héros de bande dessinée, je suis tombé dedans quand j’étais petit… J’ai vite compris que je ne serais jamais Tintin pour de vrai (pas assez aventurier) ni même Astérix (pas assez moustachu) ou Blueberry (pourtant, je m’étais entraîné à prendre un seul bain par semaine, mais ça n’a manifestement pas suffi). Donc, je me suis consolé en me contentant de lire des albums, bien au chaud chez moi, à l’abri de l’agitation du monde, tel le capitaine Haddock dans son château de Moulinsart (mais sans un Nestor pour m’apporter mes tartines de Nutella® à quatre heures).

J’ai mis le doigt dans l’engrenage infernal des « illustrés » (mes parents disaient comme ça) très tôt et, comble de la perversion, en mélangeant les genres : de Pif gadget aux petits formats (Cap’tain Swing, Akim et compagnie), des albums de Tintin avec les pages de garde bleu clair (pratiques à colorier) à l’hebdomadaire du même nom, de Spirou et (A suivre) à Métal hurlant… Enfin, bref, malgré les interdits parentaux (« De Bandes Dessinées Tu Ne Liras Point »), j’ai tenu bon. Et voilà le résultat : aujourd’hui, j’écris sur la bande dessinée, entre autres sujets… (C’est la morale de cette belle histoire).


Comment as-tu eu l’idée de choisir des bd « incontournables » ? En quoi le sont elles pour toi, et pour tes lecteurs ?

Guide des 100 BDs incontournables Le Guide © J'ai lu et Librio

Ah, pas facile ! D’abord, l’éditeur (qui est une éditrice, sympathique et compétente, nommé Flossie Félix, que je remercie au passage de m’avoir fait confiance) m’a laissé carte blanche (comme on disait dans le bel hebdomadaire Spirou, tout là-bas dans les années ’70) dans le choix des albums. Une seule contrainte, somme toute logique : ils devaient être disponibles en librairie. Comme toujours avec ce genre de liste, qu’il s’agisse de livres, de disques ou de n’importe quoi, une liste de 100 titres est aussi, par la même occasion, une liste des 100 ou 200 autres titres qui auraient mérité d’être retenus mais qui ont été injustement oubliés/négligés/écartés (d’où les commentaires malveillants du lecteur qui accuse l’auteur, au mieux d’incompétence, au pire de malhonnêteté - ou l’inverse). Ensuite, il s’agit forcément d’une liste subjective (comme je le dis dans le petit texte d’introduction), personnelle, pleine de parti pris, etc. etc.… C’est ce qui fait l’intérêt de la chose et permet de retrouver, d’une sélection à l’autre (chacun peut s’amuser à concocter la sienne, essayez, c’est drôlement marrant), une diversité dans les albums choisis. Et puis, il y a aussi une dimension « générationnelle » liée à l’âge de l’auteur et à ses albums de prédilection qu’il a lus tout petit… Donc, pour répondre à la question, j’ai tout bonnement choisi les albums que j’aimais, et voilà !

Je me suis efforcé de retenir des titres « classiques » mais aussi d’autres plus récents (qui peuvent, d’ailleurs, être devenus à leur tour de « jeunes » classiques) afin de rendre compte des évolutions de la BD pendant les quinze dernières années. Et j’ai tenu à mêler des albums « grand public » à des titres plus « pointus » (non, ce n’est pas un clin d’œil au personnage de Jeannette Pointu, de Wasterlain, qui ne figure pas dans le bouquin !) pour témoigner de la richesse du genre. Je me suis juste « pris la tête » à propos des mangas et des comics américains : il me paraissait aberrant de ne pas en sélectionner, mais je n’imaginais pas en retenir plusieurs dizaines sous peine de devoir exclure quantité d’albums « franco-belges » qui m’ont marqué depuis longtemps… D’où une solution peut-être bâtarde, mais que j’assume pleinement, consistant à me limiter à cinq titres pour chacune de ces deux catégories, tout en adressant un clin d’œil appuyé à l’éditrice sur le mode : « tiens, ce serait sans doute une bonne idée de consacrer un volume aux mangas, non ? »…

Bref, je ne sais pas si ces titres sont « incontournables », mais en tout cas ils sont importants à mes yeux, et voilà pourquoi ils figurent dans ma sélection… Quant aux grincheux qui trouveraient excessif d’avoir retenu trois Tintin, trois Tardi, trois Christin et quatre Franquin, je ne peux que répondre : « ouais, les gars (ou les filles), vous avez sacrément raison, mais c’est moi tout seul que j’ai choisi les albums de la liste et que j’ai fait ce que j’ai voulu, et ce serait bien bête de se priver d’une telle liberté, non ? » Mais bon, j’accepte toutes les réclamations et critiques parce que je suis comme ça, moi.


Le_regardLe regard inquisiteur à la recherche de la BD incontournable ?!?

Quels sont tes projets ?

Là, je prépare un livre sur l’histoire de Salut les Copains, qui était une formidable (on disait comme ça, dans les années ’60) émission de radio sur Europe n° 1 avant de devenir un formidable magazine à partir de 1962. Rien à voir avec la BD ? Un peu quand même, car Philippe Fix, qui dessinait le personnage de Chouchou dans « S.L.C. » a aussi été le rédacteur en chef du magazine du même nom lancé par Daniel Filipacchi (co-fondateur de Salut les Copains) et dans lequel travaillaient Forest et Gillon (Les Naufragés du Temps), Hugo Pratt, Lob et Pichard et bien d’autres encore…