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Aujourd’hui encore en France, une femme meurt toutes les deux heures sous les coups de son compagnon. C’est en lisant de tels chiffres que Sylvain Ricard a décidé d’écrire sur le sujet. Résultat, un album d’une grande intensité, « A la Folie ». Sylvain Ricard élabore le scénario implacable de cette soumission, tente de montrer les mécanismes qui réduisent des femmes à l’impuissance, malgré certains outils, comme les centres d’accueil pour femmes battues. Le dessin très fluide de James facilite la lecture d’une histoire oppressante.

Comment avez-vous commencé votre carrière dans la bd ?

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James : J'ai décidé sur le tard de tenter ma chance comme dessinateur, et sans formation préalable en dessin. J'en étais arrivé à un point où je ne me voyais aucun avenir dans un emploi salarié, et comme j'avais toujours eu envie de dessiner et de raconter des histoires, j'ai sauté le pas, dans un premier temps en parallèle avec mon emploi. C'est en partie grâce à mon blog qui, à l'époque, était bien plus actif, que j'ai pu m'aguerrir, trouver mon style et le ton que je voulais développer.

Sylvain Ricard : J'ai rencontré Christophe Gaultier à l'occasion de la sortie de son premier album, « Grise Mine » (Ed. Paquet), en 2001. Nous avons sympathisé, et au gré de nos discussions, Christophe m'a demandé si je voulais lui proposer un scénario, ce que j'ai fait quelques temps plus tard avec « Banquise » (Ed. Soleil). Puis nous avons récidivé un an plus tard avec « Kuklos » (Ed. Soleil) avant d'enchaîner sur d'autres titres. Puis, de fil en aiguille, j'ai rencontré d'autres auteurs (scénaristes et dessinateurs) avec qui j'ai pu développer d'autres histoires et d'autres styles... De la sortie de mon premier titre en 2002 jusqu'a la fin de l'année 2007, j'ai conservé mon travail de chercheur, que je me suis enfin décidé à abandonner pour me consacrer pleinement à l'écriture.

A la folie - Couverture de l'albumA la folie - Couverture de l'album

À James : Comment avez-vous rencontré Sylvain Ricard ?

Cela fait des années que nous nous côtoyons avec Sylvain. Le premier contact s'est fait via un forum BD (Bulledair.com) et MSN. Puis, nous avons eu l'occasion de nous rencontrer sur des salons et de devenir amis. Comme on était en phase sur pas mal de choses et qu'on aimait notre travail respectif (et pourtant très différent l'un de l'autre pour le coup), on a eu assez vite envie de travailler ensemble. Et ça s'est tellement bien passé sur «A la folie », qu'on n'est pas prêt d'arrêter.

À James : Dans « A la folie », pourquoi avoir choisi de donner des visages un peu animaliers à vos personnages ?

James : Ce style animalier est en fait mon style de dessin actuel depuis quelques années. C'est venu presque par accident, au moment de créer mon blog. Je cherchais à me représenter, mais je ne voulais pas le faire sous la forme d'un humain et j'ai donc opté pour un ours. Et petit à petit, j'ai développé tout une faune dans laquelle mon dessin s'est exprimé de façon bien plus libre que quand je dessinais des personnages « humanoïdes ».


A la folie - ExtraitA la folie - Extrait

Cependant, quand nous avons attaqué « A la folie », s'est posée la question de la représentation des personnages. J'ai quand même fait des essais avec des personnages humains au début, mais, même si ça tenait, ça perdait en caractère et en force d'évocation. Et puis j'étais bien moins à l'aise.

Bref, je suis reparti sur la piste animalière et ne regrette en rien ce choix.
Le choix personnages animaliers a aussi permis de leur donner une dimension plus universelle que s'ils avaient eu des types humains spécifiques, et je pense que ça aide le lecteur à se projeter en eux (même si sur ce livre, il est évident qu'il n'est pas forcément agréable de se projeter dans les personnages).

À Sylvain Ricard : Une histoire de femme battue...ce n'est pas très banal en fiction, et en bd ! Qu'est-ce qui vous a donné envie de l'écrire ?

C'est avant tout l'envie de parler des sujets de société qui me concernent. Les violences faites aux femmes, partout dans le monde et au nom de tout et n'importe quoi (religion, business, tradition, sexisme et j'en passe) sont assez révoltantes. Il m'a paru nécessaire d'en parler dans un livre, tout simplement, comme je peux en parler dans la vie.

C'est après la lecture d'un rapport d'Amnesty International sur le sujet que j'ai décidé de me lancer, non sans avoir réfléchi à la façon d’aborder le problème, par quel prisme, sous quelle lumière. J'ai choisi le plus simple, je crois, en parlant de la violence conjugale "ordinaire", celle de monsieur tout le monde, de mon voisin ou de mon collègue. Celle que l'on ne comprend pas, et que j'ai essayé de comprendre.