Première partie : Comment les frères Jouvray tombèrent dans la marmite ?
Séparation
Qu’est-ce qui t’a amené à la bande dessinée ?
J.J : J’ai fait l’École des Arts Déco de Strasbourg. J’en suis sorti en 1996 avec mon diplôme. C’est un diplôme en 3 ans spécialisé dans l’illustration pour enfants, mais il y avait aussi quelques cours de Bd et des ateliers de dessins animés. J’en ai surtout profité pour faire du dessin animé. Pour mon diplôme, j’ai présenté un court-métrage d’animations en collaboration avec Anne-Claire (Ndlr : Femme de jérôme, coloriste, notamment de Lincoln) et une amie, un projet de BD et une petite histoire courte en six illustrations. Une fois sorti de l’école, j’ai concrétisé ce projet et je l’ai proposé aux éditions Delcourt où il a été publié et c’est comme cela que l’histoire a commencé.

Et ce projet s’appelait ?
J.J : À l’époque ça s’appelait Coupe cigare, mais on a changé le titre en Toile Cirée au moment de la publication dans la collection Ancrage de Delcourt parce que le scénario avait vraiment trop bougé.

Et toi Olivier, c’était plutôt l’audiovisuel, le multimédia qui te tentait...
O.J : Oui, la communication en général. En fait, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. J’étais très intéressé par la photo, davantage que le film par exemple. Après des études en fac de com option photo à Lyon II, j’ai commencé à travailler dans ce domaine, mais j’ai surtout eu le temps de me renseigner sur le métier. Je me suis rendu compte que c’était un métier extrêmement difficile et pénible, que la partie de plaisir ne représentait qu’un très faible pourcentage de cette carrière. J’ai alors abandonné l’idée d’en faire mon métier et je me suis retrouvé à faire du graphisme dans différentes boîtes. Je me suis ensuite lancé dans l’indépendant pour créer des sites Internet.

Album Supershoes
Retrouvez le premier épisode sur
http://www.3xplus.net/supershoes/french.htm


Album Toile cirée
Toile cirée aux Editions Delcourt

Ça a commencé à ce moment-là votre collaboration ?
O.J. : En fait, avec Jérôme, on partageait depuis un moment un atelier de travail. Moi, je créais des sites Internet et je lui ai demandé deux ou trois fois de me donner des coups de mains pour illustrer des sites industriels et pas très drôles en ajoutant des dessins ou des petites animations, des choses comme ça. Je savais que c’était une manière pour nous de faire de la publicité, de se faire connaître. C’est ainsi que sur Internet, notre première collaboration est sortie : Super Shoes. C’était une sorte de bande dessinée, un dessin animé interactif. J’ai également participé à la création de sites Internet à destination de la jeunesse pour expliquer et sensibiliser les enfants sur les grands principes de l’Environnement. C’est parce que j’avais fait cela que j’ai été invité à la première édition du festival de Bd de Bourg-lès-Valence (au sud de Lyon). Jérôme était invité au festival comme auteur et moi, j’étais chargé d’une salle multimédia et de présenter notre dessin animé, puis l’actualité de la bande dessinée sur Internet. C’est là que j’ai découvert le métier : je me suis retrouvé le soir au restaurant avec les auteurs, je n’étais plus simple visiteur… C’était un autre niveau. J’ai rencontré d’autres auteurs, scénaristes, dessinateurs, comme Nicolas Poupon, Jean-Philippe Perrault, un milieu super sympa et super stimulant sur le plan artistique. Alors, je me suis dit « je me lance » et quelques jours après, je réalisais mon premier scénario.

J.J : On est rentrés de ce festival et quelques jours plus tard, Olivier m’a dit « si j’écris un truc, tu dessines ? ». Et ça a donné Lincoln, voilà.

O. J. : En fait, Super Shoes, on l’a laissé de côté. On a cherché à le vendre, à l’épuiser, à en faire plusieurs épisodes, mais c’est arrivé au moment où la bulle Internet s’est cassée la figure et donc, tous les acheteurs potentiels se sont retirés. Nous l’avons donc laissé de côté et on s’est lancé à fond la caisse dans la bande dessinée.

>> Deuxième Partie : Lincoln, héro générationnel