Deuxième partie : Lincoln, héro générationnel
Séparation
Et comment est né Lincoln, ce personnage atypique et bougon ? Ressemble t-il à l’un de vous ?
O.J. : De toute façon, on écrit ou ne parle bien que de ce que l’on connaît. Je me suis inspiré de certains traits de nos caractères. Du mien, de copains, d’une génération aussi. Je suis parti d’un caractère que j’ai voulu développer de manière plus globale, parce que si on regarde nos générations, les trentenaires, les quarantenaires, et bien ce sont des générations qui ne croient pas en grand-chose, qui sont complètement blasées, qui ont du mal à se trouver des idéaux et qui ont tendance à être un petit peu individualistes. Le personnage de Lincoln s’inspire de ce genre de choses. J’ai tendance à penser que nos grands-parents ont eu la possibilité d’être des héros parce qu’il y avait la guerre. Nos parents ont eu la possibilité d’être des héros, de changer ou de vouloir changer le monde parce qu’ils ont fait mai 68 ou des choses comme ça. Notre génération n’a pas de possibilité d’être des héros parce qu’il n’y a plus de guerre d’une part et d’autre part parce que la Révolution, les soixantuitards l’on faite ; ça n’a pas changé grand-chose ! Donc n’essayez même pas… Pensez plutôt à votre maison, votre chien, votre bagnole, restez chez vous, faites du cocooning, gagnez du pognon et… Voilà, c’est un peu ça. Je me suis inspiré de ces points pour créer un personnage basé au départ sur un héro classique, qui doit choisir entre le bien et le mal, évoluer entre ces deux tendances et trouver son chemin. À l’exception près que Lincoln décide de faire ce qu’il veut. Tout dépend de son intérêt personnel et uniquement de son intérêt personnel. Ce n’est pas de l’abnégation, ce n’est pas un héro, il a vaguement une conscience qui l’empêche de tomber trop du côté de la crapule, mais la plupart du temps, il n’en fait qu’à sa tête !

J.J. : Sinon, pour résumer, du point de vue caractère, c’est Olivier, et physiquement, c’est plutôt moi. J’ai la barre au-dessus des yeux, je fronce les sourcils régulièrement.

O.J. : C’est pour ça, on peut dire qu’on est partis de choses que l’on connaît.

La première édition de Lincoln, c’était en 2002, donc, cinq ans… quatre tomes...
J.J. : Et le cinquième dans quelques mois !

O.J. : On essaie d’en sortir un tous les douze ou quatorze mois. Le cinquième est un peu plus long à sortir parce qu’il sera un peu plus dense que les autres. Il n’y a pas plus de pages, mais il y a plus de cases par page, plus de texte, et ce sera par conséquent une histoire un peu plus complexe !


Album L'idole dans la bombe
L’idole dans la Bombe
Tome 3 aux éditions Futuropolis


Album LINCOLN - 3 Playground

Tirage de Tête du Tome 3 Lincoln
444 ex. signés – Librairie Expérience


Et après le cinquième ?
J.J. : Oui, oui, une suite... Il y a même un truc nouveau par rapport à la série, c’est que l’histoire se développera en deux épisodes, deux albums : jusqu’à maintenant, un épisode de Lincoln c’était une histoire. À la fin du cinquième, il y aura un « À suivre ».

Et comment faites-vous vivre, évoluer un personnage au fil des épisodes, avez-vous « programmé la fin de cette série » ?
O.J. : Chaque fois que je termine un tome, je ne sais pas ce qui va se passer dans le suivant. Le cinquième est à suivre, mais dans le sixième, je ne sais absolument pas ce qu’il se passera… aucune idée ! Je n’y ai même pas réfléchi. À chaque fois que j’écris un tome, je laisse l’histoire en plan de manière à ce que quand je vais écrire le tome suivant, je relis les quatre tomes, les cinq tomes précédents, je me remets dans le bain. Comme lorsque l’on était gamin à l’école, lorsque l’institutrice nous donnait comme sujet de rédaction une phrase ou deux et qu’il fallait inventer la suite. Je me replonge dans les mêmes conditions.

Au sujet du décor choisi pour Lincoln, ce cow-boy un peu paumé, le Far West... C’était votre truc, jouer au cow-boy quand vous étiez petit ?
O.J. : Je crois que ça vient de notre génération. On jouait tous au cow-boy et aux indiens et on est nés à une époque où, à la télévision, il y avait John Wayne, Gary Cooper... Il y avait Sergio Leone...

J.J. : Eddy Mitchell !

O.J. : Eddy Mitchell avec la dernière séance. On baignait là-dedans tout le temps. Ce sont des histoires d’enfance. On a fait un petit peu de cinéma amateur en super. C’était génial ! C’est complètement générationnel. Donc, de notre côté, pour faire la liaison, « on va faire notre western, allons-y ! ».




>> Troisième partie : La BDmania vue, lue et corrigée par Jérôme et Olivier (1ère Partie)

Pourquoi ce Tirage de tête avec les Jouvray ?
On voulait toucher un peu à l’édition pour faire autre chose que de la librairie pure. On faisait beaucoup de dédicaces. Les Jouvray sont des amis, nos enfants sont dans la même école. On a décidé de faire ce Tirage de tête. Les Jouvray ont suffisamment de créativité, d’humour et de choses à dire pour que le tirage soit vraiment intéressant, l’équivalent d’un DVD collector. En général, nous sommes déçus du niveau moyen des tirages de tête, ils reprennent la bd de façon normale. Nous nous sommes dit qu’un tirage de tête est suffisamment précieux et fragile que pour les gens ne le lisent pas de la même façon que la BD standard. Le tirage en lui-même doit apporter autre chose. Nous avons travaillé avec les Jouvray sur la maquette, mais ils ont eu carte blanche. Le personnage de Lincoln a été présenté sur quelques pages avec des dessins de leurs amis, comme Fx, Larcenet, Guarnido, Valp… ainsi qu’une histoire courte parue dans un Hors-Série de Bodoi. La femme de Jérôme, Anne-Claire, a travaillé quant à elle sur le making of, expliquant notamment les différentes étapes de la mise en couleur.
Nous avons fait le Tirage en Noir & Blanc laissant le choix aux Jouvray entre les planches encrées et les crayonnés, car si on gagne certaines choses, on en perd d’autres. Comme Olivier a toujours un tas de trucs à dire, il y avait de quoi nourrir un bas de page pour expliquer la genèse des planches, permettant une autre lecture de la BD. Pour l’anecdote, nous sommes Jean-Louis et moi dans la BD John Louis dit le Guzzli c’est Jean-Luis. C’est un petit clin d’œil que nous ignorions, c’est plutôt rigolo.
Nous avons fait nous même les sérigraphies, car nous avons un atelier de sérigraphie dans le 7ème arrondissement (Lyon). Nous avons racheté une machine à Corneillius, un grand éditeur parisien, qui a fait de très belles choses. Quand nous avons commencé la sérigraphie, nous avons fait n’importe quoi, on a cassé des cadres, on a brulé l’insoleuse… une misère totale. Et ce sont les Jouvray qui ont essuyé les plâtres. Nous avons sorti cette sérigraphie Lincoln, complètement pourrie. Nous avons cependant rajouté un petit papier dans chaque livre où les personnages disaient qu’une autre sérigraphie verrait bientôt le jour. Au final, les gens ont trois sérigraphies pour le prix de deux.
Depuis, Jérôme nous a beaucoup aidés sur les sérigraphies suivantes : les calques, le flashage mais surtout les couleurs. A chaque fois que nous faisons des sérigraphies, les auteurs viennent nous aider. Nous venons de lancer une nouvelle collection de sérigraphies avec un format 50cm x 70cm, la collection à « 4 mains », car deux auteurs travaillent ensemble. La 1ère fut fort logiquement Larcenet & Jouvray car ce sont les deux premiers auteurs avec lesquels nous avons travaillé. La sérigraphie est sortie début juillet.

Et les qualités des Jouvray ?
Je trouve Jérôme hyper pro, hyper fiable avec un œil incroyable. En termes de mise en scène, il est très fort. C’est peut être parce qu’il a fait de l’animation mais il sait comment poser le décor. Ce n’est pas évident, un dessinateur est à la fois un metteur en scène, un monteur, un directeur de la photographie, celui qui décide à la caméra et combien de temps cela va durer. Une planche n’est pas seulement une succession de super belles images que tu peux découper et mettre sous cadre. Il y aune narration, un rythme, il y a plusieurs choses. Jérôme gère tout cela super bien avec simplicité et humilité. Ils ont gagné un tas de grand prix, et ils ne le disent même pas. Ils ne sont pas blasés, ce n’est pas le débat, mais ils sont tous les deux super humbles. Et puis, ils ont tous les deux des univers, des passions, ils sont très intéressants. Olivier, quant à lui, c’est une espèce de bucheron, hyper carré, droit dans ses bottes, un gars super solide quoi. Ils me plaisent bien ces deux là !

Que dire du dernier Lincoln, « Culs nuls dans la plaine » ? Il était très attendu !
Oui, très ! Cela marche quand même pas mal Lincoln , et en général même un peu plus sur Lyon. Le 1er a vraiment été un coup de cœur. On a vendu cet album comme des fous, c’était devenu le coup de cœur de la librairie, on a mis cet album dans les mains de tout le monde et non parce que les Jouvray étaient des amis mais parce que le tome 1 a été une grosse grosse baffe. Lincoln continue de plaire, et j’aime particulièrement le virage qu’ils ont pris dans le Tome V. Il ya 4 bandeaux, il y a beaucoup plus de chose à lire, c’est un peu plus sérieux, un peu plus profond et puis cela ouvre une belle perspective quand Lincoln part avec la révolutionnaire. Ca sent l’aventure.