Troisième partie : La BDmania vue, lue et corrigée par Jérôme et Olivier (1)
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Il y quelques années, Lincoln était mis à l’honneur dans le cadre d’un petit festival de Bd de Normandie qui a depuis bien grandi. Vous avez en effet été les invités d’honneur de la 9è édition du Festival de la Bd de Darnétal, aujourd’hui plus connu sous le nom de Normandie Bulle.
J.J. : Oui, il y avait une super expo. Excellent ! C’était génial !

O.J. : Oui, c’était impressionnant ! Voir des affiches de 4x3 de Lincoln affichés sur tous les murs de la ville.

J.J. : L’expo était vraiment impressionnante.

O.J. : On ne s’attendait pas à ça du tout. Je me rappelle quand on est arrivé en ville, les affiches nous ont impressionnés. Mais alors, quand nous sommes arrivés dans l’expo, ce truc énorme, ces décors peints, ces installations… C’était incroyable !

Alors justement, que vous inspire l’engouement actuel pour la Bd ? Quand on voit par exemple un petit festival comme celui de Darnétal qui a pris en quelques années un essor considérable et qui bénéficie désormais d’une certaine notoriété auprès des Bdphiles… En quelques années les files d’attentes à l’entrée se sont considérablement allongées.
J.J. : En plus, ils ont fait une dixième édition qui était très importante avec tous les invités d’honneur... Ce qui est sûr, c’est qu’en terme de marketing pur, l’expo de Darnétal a fait connaître Lincoln à beaucoup de gens. Il y a eu beaucoup de visiteurs et ils étaient nombreux à ne pas connaître Lincoln.

O.J. : Mais il n’y a pas toujours de relation de cause à effet entre le succès d’un album et son chiffre de ventes. Nous allons être par exemple beaucoup plus connus que d’autres séries plus vendues. Les gens sont étonnés quand nous disons par exemple que le premier tome tourne autour de 20 000 exemplaires vendus. Ils s’attendaient plutôt à 50 000 ou 60 000. C’est très difficile d’estimer la notoriété, c’est très bizarre. Il n’y a pas de lien toujours évident. Pareil avec les articles de journaux. On a eu pas mal d’articles et de prix, mais ça n’a pas spécialement d’influence sur l’acte d’achat.

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Les séries peuvent aussi susciter des vocations de collectionneurs… L’êtes-vous ?
J.J. : Oui et ça engendre aussi un phénomène comme le dernier Astérix, par exemple qui n’a pas spécialement plu. Pourtant, beaucoup ont acheté l’album par principe, simplement pour compléter la collection. Moi, je suis un peu moins collectionneur qu’avant... Il y a eu une période où j’étais prêt à mettre des sous dans des trucs un peu rares… Olivier par exemple, n’a jamais été, comme j’ai pu l’être, un passionné de bande dessinée. Il aimait ça et il en lisait, mais moi, j’étais boulimique, j’en ai acheté des tonnes et des tonnes.

O.J. : C’est vrai, moi, je préfère piocher à droite, à gauche en fonction de mes coups de cœur. C’est aussi parce que je n’ai pas les moyens…

J.J. : Moi, j’ai revendu des disques, j’ai fait n’importe quoi pour obtenir des trucs un peu rares, un peu chers ! Mais je ne collectionnais pas la Bd, simplement certaines séries. Celle qui m’a coûté le plus cher, c’est la série des Cités Obscures. J’ai vraiment cherché sur des festivals, chez des bouquinistes… Des petites perles rares, ah oui c’est vraiment la série qui m’a coûtée le plus cher. J’ai eu quelques portfolios, quelques sérigraphies aussi.

Et aujourd’hui ?
J.J.: Cette collection existe toujours et évolue. Il y a des livres que j’empile dans ma bibliothèque et il y en a que j’enlève. Peeters & Schuiten sortent d’ailleurs un nouvel album.

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Le nom de Jouvray est associé par la plupart des lecteurs à la série de Lincoln. Pourtant, vous travaillez d’arrache-pied sur de multiples ouvrages. L’idole dans la Bombe, par exemple, est sorti dernièrement dans la plus grande discrétion, qu’en pensez-vous ?
J.J : En fait, nous avons sorti avec Stéphane (Presle) une future série, L’idole dans la Bombe. Cet album n’est pas sorti dans l’indifférence générale, mais presque c'est-à-dire que ce n’est parce que j’ai fait Lincoln que les gens vont aller l’acheter. Ce n’est pas du tout le même univers, ce n’est pas le même graphiste, ce n’est pas le même dessin ni le même humour.

O.J : Les lecteurs recherchent Lincoln et non pas Jouvray.

J.J : Il y en a quelques-uns qui font la démarche, mais ils ne sont pas nombreux. À mon avis, il y a le grand public qui se fout de l’auteur et puis, il y a un certain nombre d’amateurs de Bd qui sont prêts à aller voir, à suivre des auteurs. À partir du moment où ils ont aimé un titre de l’auteur, ils seront intéressés pour découvrir ses autres créations. Mais ils sont beaucoup moins nombreux. Zep par exemple qui a fait Titeuf, a édité d’autres bouquins. Ca ne marche pas trop mal parce qu’il est quand même très connu mais les ventes ne sont pas comparables.

J.J. : C’est le personnage qui occupe toute l’affiche… et à la limite je préfère. On peut ressentir un certain sentiment de frustration quand on sort un autre bouquin lorsque les gens ne suivent pas, ne s’intéressent pas, mais je comprends tout à fait. Il y a des auteurs dont j’admire le travaille, mais je suis sélectif aussi, je n’achèterai pas tout ce qu’ils font. C’est une démarche radicalement différente que pour d’autres formes d’art. Dans le cinéma par exemple ou même en littérature, on parle du dernier film de, du dernier livre de… et on ira voir ce film ou on lira ce livre parce qu’on aime l’auteur…

O. J : C’est parce que ce ne sont pas des séries. Ce serait certainement radicalement différent si en Bd, on ne faisait que des one shot. De même, si le réalisateur de X-Men ou je ne sais quelle autre série réalisait d’autres films, je ne suis pas sûr de m’y intéresser. Le phénomène vient des séries. Avec des auteurs comme Rabaté qui ne font que des livres uniques, on s’intéresse plus à son nouvel album qu’à ses personnages. D’ailleurs les éditeurs conseillent souvent aux auteurs de faire des séries, parce que si le premier tome plaît, le deuxième va être attendu et les ventes vont augmenter. Un livre unique, même s’il plaît bien… et bien, le lecteur peut toujours attendre…


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