Quatre associés du neuvième art pour donner naissance à ce beau bébé. Tous les
albums de bd ne comptent pas autant de maîtres d’œuvre ! Comment vous êtes-vous
rencontrés tous les quatre ?
Fred : Après avoir écrit Mambo Marcel (ed. Du Cycliste), j’ai entendu dire que
David Chauvel cherchait une nouvelle série policière. Je lui ai proposé
un scénario, Egide. David l’a accepté. J’ai commencé à chercher des dessinateurs.
Connaissant déjà Yan à l’époque, je lui ai proposé ce projet qu’il a tout d’abord
refusé. J’ai malgré tout montré à David les planches de croquis de Yan... David
m’a dit qu’en dessin, ça ne le faisait pas mais qu’en revanche, en story board ça
le faisait très bien. Alors j’ai un petit peu forcé la main à Yan.
Yan : Avec Piero on a travaillé très longtemps dans le dessin animé et le jeu vidéo,
on est devenu des fans de bd. J’avais depuis longtemps envie de faire un album...
J’ai donc rejoint l’Epicerie Séquentielle (Association Lyonnaise réunissant des
professionnels de la BD) pour rencontrer des auteurs et des scénaristes. C’est là
que j’ai rencontré
Olivier Jouvray et
Jérôme Jouvray et pas mal de gens à Lyon qui gravitent autour de la
BD. Et puis j’ai rencontré Fred qui bossait à l’époque avec un ami. J’ai trouvé
leur projet sympa.
C’est là que l’on a décidé de travailler ensemble. On a commencé à travailler sur
une histoire qui me tient à cœur et sur laquelle on travaille toujours. Un jour,
Fred m’a appelé en me disant « j’ai un projet chez Delcourt, il a été accepté...
». Je lui ai malgré tout répondu que ce n’était pas pour moi. Je ne suis pas lecteur
de
Largo WINCH,
de
XIII, de toutes
ces séries là. Non ce n’était vraiment pas pour moi.
Fred a toutefois insisté me disant qu’il s’agissait peut-être d’une chance. J’ai
donc fait un test avec David Chauvel sur les cinq premières planches.
Piero : Lorsque j’ai appris que Fred & Yan cherchaient un coloriste, j’étais
plutôt motivé pour faire partie de l’aventure.. Personnellement, quitte à travailler
avec quelqu’un, je préfère travailler avec un ami.
Yan : Alors j’ai parlé de Piero à Fred. Je l’ai présenté comme un copain qui faisait
des effets spéciaux dans des jeux vidéo et qui désirait faire de la BD. J’ai fait
en sorte que Piero passe un test.
Piero : Travailler dans les jeux vidéo est très prenant. Cela demande beaucoup d’énergie
et beaucoup de temps aussi. Toute la journée passée devant un écran d’ordinateur...
J’ai toujours gardé la BD comme point de mire avec l’envie d’en faire. Dans l’absolu,
je voulais réaliser un livre. Finalement, être coloriste était un bon compromis
car j’estimais ne pas avoir le temps ni le savoir-faire pour faire une BD à moi
tout seul.
J’ai donc rejoint le projet d’autant plus qu’un an auparavant j’avais fait la connaissance
de Fred. Je connaissais Yan depuis plus de dix ans.
J’étais au début en concurrence avec d’autres coloristes, j’ai fait un test, qui
s’est bien passé. Puis, j’ai fait la connaissance de David.
Contrairement à Yan, j’arrivais en fin de chaîne. Le temps qui sépare la fin de
l’encrage et la date de sortie, c’est le seul temps dont je dispose pour travailler.
Autant dire que c’était très short.
Yan : En fait avec Piero, on est un peu les deux tranches de pain et « les canadiens
», la garniture. On a au départ une espèce de maîtrise du projet, puis on leur laisse
le bébé, ils font leurs planches dans leur coin et nous après on récupère le boulot
et c’est là que Pierre intervient. Par moment, j’ai besoin d’être derrière Piero
pour vérifier si « les canadiens » ont respecté les ambiances que j’avais voulu
créer. Il faut qu’il y ait une certaine osmose dans le projet et pour moi, c’est
le projet avant tout.
Energy Business – Tome 1
sortie le 05 mars 2008
Ce n’a pas été évident parce que je maîtrise déjà en partie le découpage scénique
en tant que professeur dans une section d’animation 3D à ESIA 3D (Ecole d’arts appliqués
à Lyon) et je fais également beaucoup de story board, de la série télé... Il a pourtant
fallu que je réapprenne tout pour la BD, pour Egide. Tout ce que j’ai appris en
travaillant dans le milieu de la BD, m’a énormément apporté dans les jeux vidéo
ou même dans le cinéma.
Au début de mes story board il y a eu cinq six versions des planches et puis après...
Quand David Chauvel m’a dit « parfait, ça marche », là...
Fred : Pendant plusieurs mois on a bossé ensemble... on n’avait pas de dessinateur
final. Denis RODIER était déjà sur une autre série, qui a finalement échoué. Il
s’est donc joint à nous pour le premier album. Malheureusement, une fois le Tome I terminé, Denis est parti
sur l'Ordre des dragons aux Editions Soleil.
Pour le tome II, c’est Gabriel Morrisset, un de ses copains qui a fait le dessin.
Denis, lui a fait l’encrage. Ca été une véritable usine à gaz pendant deux ans.
Yan : Je pense que Delcourt ne nous aurait pas suivis, si Denis et Gabriel n’avaient
pas été à nos côtés. Ca s’est vraiment fait dans la continuité. Nous, on n’y croyait
plus trop et puis quand ils ont fait les tests sur les premières planches du tome
II, on s’est dit « Ca va le faire ». Il n’y a pas de différence et c’est parfois
même plus vivant, même mieux.
Fred : Nous sommes contents, ça marche bien. Le tome III est écrit et validé. On
attend le feu vert pour lancer la machine.
Yan : On a fait quasiment le tome I et II dans la foulée. On a fini cela il y a
un an.
Le tome I, il y a deux ans. Le temps que ce soit dessiné, repris...


Piero : Au début, je pensais que coloriste consistait à traduire des ambiances,
à respecter un éclairage et en fait c’est beaucoup plus compliqué... Cette expérience
m’a permis d’apprendre qu’une planche, c’est une planche en soit sauf qu’elle est
à côté d’une autre planche, que cette planche se place dans un récit, et qu’elle
fait partie d’une scène... Il y a l’effet de cases aussi. Il faut que tout soit
« joli » et cohérent.
Le Tome I d’Egide a été pour moi, un vrai cauchemar ; il fallait que je fasse
mon expérience, il fallait réussir à tout équilibrer, le travail professionnel,
le travail de nuit et puis, aller voir Fred, Yan et comprendre ce que chacun voulait.
Le coloriste n’est pas là pour faire expressément ce qu’il veut, il est là pour
apporter la touche finale au projet selon les volontés de chacun. Et c’est ça qui
est intéressant. Si on est pas individualiste, on se fait plaisir parce qu’on accouche
le bébé de pleins de gens.
Au début, j’envoyais beaucoup de choses à David. Mais David n’est pas directeur
artistique, il est directeur de collection, et au niveau artistique, il estime que
si on est pro, on est à même de pouvoir juger la qualité de son boulot. Donc, très
vite, je me suis retrouvé à gérer des ambiances...
Yan : Quand Piero récupérait des planches, je me remettais dans mon story-board.
On revoyait ensemble les ambiances « Là, on est le matin... Là c’est en Afrique
de nuit...Donc quelle ambiance on peut mettre ? » On essayait vraiment de travailler
sur la longueur en se replongeant dans le story-board car nous n’avions pas le dessinateur
à portée de main.
Piero : Le dessinateur est au Québec avec neuf heures de décalage et puis surtout,
il travaille déjà sur une autre BD. Donc il a fallu me débrouiller quasi seul au
début pour me faire mes armes. Mais ce fut une très bonne expérience parce que comme
Yan, on est tellement dans le stress et dans l’obligation de réussir que l’on développe
des techniques qui nous resservent après. Avoir fait la couleur dans Egide, me permet
aujourd’hui dans mon travail d’aller plus vite. Je fais beaucoup moins d’erreurs
dans le choix de mes couleurs par exemple.