Fred, Egide au départ est le fruit de ta réflexion, ton bébé. D’où t’est venue
l’idée de cette série ? Où es-tu allé chercher cette ambiance si particulière ?
Fred : C’est assez drôle parce lorsque je regarde les critiques sur Internet, tout
le monde dit que ça ressemble beaucoup à Mission impossible. Non, c’est les Trois
mousquetaires les enfants ! J’ai transposé Athos, Porthos et Aramis dans le monde
moderne. Sans le vouloir, c’est devenu Mission impossible parce que c’est la même
base quelque part sauf que ce sont des types qui se battent pour l’Europe. Je recherchais
un concept pour faire quelque chose qui ressemble à 24/24 ou James Bond (Je suis
un grand fan de James Bond) et en réfléchissant, je suis tombé sur Egide.
Au départ, je cherchais un synonyme de « The Shield » qui est une série américaine
que j’adore avec Vic Mac Key auquel Matéo ressemble beaucoup. Et en faisant ces
recherches, je suis tombé sur le mot « Egide » et je me suis dit, voilà un bon mot,
bien français. C’est à partir de ce mot, que j’ai construit toute la série.
Il devait y avoir entre quatre et huit personnages principaux d’espionnage ou de
géopolitique. Voilà le cahier des charges que j’avais. Après, je n’avais pas de
contraintes particulières à condition qu’il n’y ait pas de fantastique, un peu de
Science Fiction mais pas trop.
Yan : La première mouture d’Egide a d’ailleurs été refusée car elle ressemblait
trop à une série B.
Fred : Mission Impossible, je déteste et tout le monde compare Egide à cette série.
Yan : On est quand même dans le même registre, non ?
Piero : Mission Impossible I, oui, je reconnais. Lorsque j’ai vu pour la première
fois les dessins d’Egide, je les ai trouvés très classiques. Dans la BD actuelle,
être classique est mal vu. Comme on ne peut pas capitaliser sur le graphisme, on
juge que la BD n’a pas « d’âme ». Moi, justement ce qui me plaît dans Egide, ce
n’est pas le dessin ou le graphisme mais le fait que ce soit une série qui me tient
constamment en haleine. L’action est présente à 100%.
Ce que je vais dire peut être assimilé à du Poujadisme mais lorsque j’achète une
BD comme Egide, j’en ai vraiment pour mon argent. Cette BD ne se lit pas en cinq
minutes pour être ensuite classée parmi d’autres. C’est une BD où l’on prend le
temps de lire et de relire pour bien tout saisir. C’est une BD qui pourra plaire
ou déplaire mais au moins, il y a eu une démarche d’emmener le lecteur dans cette
aventure. Cette bande dessinée ne se résume pas à cinq ou six cases superbement
dessinées au récit insipide. Egide est une série qui se tient et qui peut se relire
et encore se relire.
Fred : On a vraiment mis toute notre énergie au cœur de cette BD, tant au niveau
du scénario que du dessin, de la mise en scène, des couleurs.
Yan : Cela n’empêche pas d’avoir des regrets.
Piero : Bien sûr mais c’est aussi parce que tu a fait des progrès que tu peux juger
ton travail de la sorte.
Fred : Moi, c’est mon troisième, donc je n’ai pas le même regard que vous par rapport
à cela, je suis beaucoup moins dur.
Yan : Une fois qu’une planche est terminée, on se concentre tous dessus pour essayer
de ne rien laisser passer au niveau des dialogues, des couleurs, des petits détails
mais malheureusement...
African Power – Tome 2
paru le 25 juin 2008
Dès le début Fred, tu connaissais ton point de départ et ton point d’arrivée.
Tu savais exactement où tu voulais aller ?
Fred : Oui, tout à fait. David m’a pas mal aidé, on a tiré un peu les ficelles dans
tous les sens, il me conseillait lorsque quelque chose ne tenait pas la route. Il
a fallut deux mois pour que l’on se mette d’accord. Je ne voulais pas écrire uniquement
le premier épisode, m’arrêter là et faire la suite. Je voulais que ma trame tienne
vraiment la route. Il fallait donc que tous les personnages aient un lien etc...
Ce qui en résulte c’est que le premier tome est très classique : on pose les personnages,
on dresse le décor. Mais en même temps j’ai joué avec cela pour que, dès le deuxième
épisode on trouve que les choses vont un peu plus loin. Tout est prévu sur les six
tomes. Tout est bien calé.
Et on le ressent d’ailleurs lorsque l’on lit le premier tome... On comprend
qu’il s’agit de la mise en place, on a envie de découvrir ce que chaque personnage
cache, les événements antérieurs comme ce qui va suivre.
Fred : Tous les personnages ont une face cachée. Que ce soit Matéo ou Aléna, ils
ont tous un passé très sombre. Il y aura d’ailleurs deux flash-back sur Matéo dans
le tome II où on comprendra comment et pourquoi il a été recruté. Matéo sera le
personnage principal du deuxième tome.
En quelques mots, comment présenteriez-vous Egide aux visiteurs de www.bdabd.com
pour leur donner l’envie de le lire ?
Yan : C’est une série qui s’adresse vraiment aux gens qui aiment les polars modernes
et les nouvelles versions de Mission Impossible et autres séries du genre. Si on
aime cet univers là, je pense qu’on s’y retrouve dans Egide.
Yan : Nous sommes nos pires critiques ! On essaie vraiment de décortiquer chaque
planche, de réfléchir sur la cohérence des espaces temps etc... Quand il y a quelque
chose qui m’interpelle, j’en parle avec Fred, et je découvre qu’un détail m’a échappé,
que les choses se passent de la sorte parce que, deux planches plus tôt il y avait
ce petit détail qui fait la différence.
Chacun met sa petite touche. Quand je bosse sur une séquence, il m’arrive d’ajouter
des trucs sans le dire aux autres. Dans le tome II par exemple, j’ai fait pas mal
de clins d’œil, Gabriel aussi...
Fred : « Les québécois » par exemple se sont dessinés dans la première case du Tome
II, il faut le faire quand même ! Il y a même des clins d’œil uniquement visibles
par le coloriste.
Piero : Je suis obligé de zoomer dans les cases donc forcément...
Yan : Il y a une scène où un des personnages sort un bazooka d’un coffre de voiture
et sur le lance-roquettes, il y a une plaque sur laquelle est inscrit «Warning »
et une écriture au-dessous que l’on ne parvient pas à lire... Et en zoomant, Piero
découvre qu’il y a un petit mot uniquement pour lui.