LES COULISSES DE LA SERIE
Séparation
Pour écrire un scénario comme celui-ci, je suppose que vous avez dû mener des recherches assez approfondies sur l’espionnage, sur les lieux aussi où se passent les scènes...

Fred : Le fait qu’Egide ne soit constituée que de sept services secrets vient du fait qu’il n’y a pas beaucoup de services secrets en Europe. La France, l’Allemagne... en ont mais le Luxembourg par exemple n’en a pas. J’ai du faire pas mal de recherches et pour trouver ce genre d’informations, il faut chercher un moment quand même. J’ai trouvé ce dont j’avais besoin dans des livres, sur Internet, à la télévision.

Et là, Yan en trois clics de souris fait apparaître une mine d’or, des photographies de palaces, des vues citadines, de somptueuses voitures...



Egide




Vous voyagez avec vos personnages en quelques sortes...

Fred : Oui, d’autant plus que dans chaque tome, il y a au minimum deux pays à découvrir. Il faut que le lecteur voyage, qu’il voit du paysage, qu’il ait envie d’être aux côtés des personnages à l’autre bout du monde.

Piero : Dans une BD comme Egide, tout porte à conséquence. Le moindre détail a son importance. Une BD plus « fictionnelle » est finalement moins compliquée. En tant que coloriste, je me décarcasserais moins. Faire un camion vert pomme, il faut pouvoir l’assumer... Tout en étant très modeste, Egide est un projet où tous les moyens ont été mis en œuvre pour aboutir au résultat souhaité.

Quel est, dans la réalisation d’une BD comme Egide, l’étape la plus périlleuse ?

Yan : Moi, je dirai que c’est le scénario et la première partie du story-board. Ca se joue entre Fred et moi. Parce qu’il n’y a rien, le terrain est vierge. Je reçois une page de Fred mais je ne sais pas si ça va marcher. Je me fais une idée de la planche mais tant qu’on ne l’a pas dessinée...

Piero : Je pense que la chose la plus périlleuse que l’on ait eu à faire, c’est la couverture. Nous avions envie de faire une couverture beaucoup moins classique que celle qui a été faite mais nous sommes rendu compte que l’on pouvait ruiner tout notre travail en se trompant dans le style de cette dernière. Même si on peut estimer que pour une BD comme Egide, la couverture reste anecdotique ; il y a tellement de choses à découvrir à l’intérieur...



Egide





Quel est le moment le plus jouissif lorsqu’on se lance dans une aventure comme la vôtre ? Quel est le moment le plus délicieux ?

Fred : C’est quand mon directeur de collection me dit « C’est bon, on prend ! » Yes !!!

Yan : Moi, c’est quand Fred me dit après avoir lu et relu le story-board, que ça marche du début à la fin. Si mon scénariste et mon directeur de collection valide mon story-board, je suis content. On est aussi très content quand on voit les premières planches couleurs arriver, les premiers dessins. Même s’il peut y avoir certaines frustrations parce qu’on imaginait les choses autrement... Il faut que chacun se fasse plaisir.

Fred : C’est un livre que l’on partage à cinq.

Piero : Moi le moment le plus agréable, c’est quand la planche est une évidence, quand je peux la regarder cinq fois, dix fois, vingt fois sans avoir envie de la retoucher.
Dans Egide, il y a quelques planches comme ça qui coulent de source.

Fred : Et on ne parle pas du bonheur procuré par les réactions du public !

Piero : Découvrir les réactions du public, c’est quelque chose de nouveau pour moi. Dans les jeux vidéo, on ne perçoit pas du tout les réactions du public hormis au travers des critiques. Ce qui m’importe c’est le public. Avoir une bonne ou une mauvaise critique, au fond, je m’en fous.










Egide - Couverture

Yan : Tout est classé : les personnages, les véhicules, les accessoires et ce, par pays. Si Piero doit travailler une séquence sur Monaco par exemple, il trouvera dans cette base, des photos de l’hôtel Hermitage avec l’extérieur de l’hôtel, les couloirs où Aléna croise les gardiens, une vue des toits par lesquelles l’héroïne s’évade, la pièce où elle entre par la fenêtre... ces documents me servent lors du découpage, ensuite ils servent à Denis Rodier pour les dessins et enfin à Piero pour les ambiances couleurs. Fred lui, au début travaille beaucoup le contexte.

Fred : Lorsque j’écris, je fais déjà des recherches sur Internet sur les villes où se déroule l’action pour savoir où sont situés les bâtiments afin que tout soit bien cohérent.

Piero : On s’est pris la tête par exemple sur les temps de déplacement. Les personnages se déplaçant de continent en continent, il faut que les heures soient réalistes. Je vais par exemple devoir faire de la couleur sur une planche où certains personnages sont en Afrique et d’autres aux Etats-Unis... Forcément, il va falloir jouer sur le jour et la nuit.

Yan : Normalement, ce sont des choses qui sont prévues à l’avance mais il peut arriver que l’on n’ait pas prévu le coup... On est même obligé de dresser des plans de vols pour que la chronologie soit la plus réaliste possible.

Egide

Egide

Yan : La couverture est ce qui va donner envie d’ouvrir l’album, c’est super important.
Alors que je finis le découpage du Tome I, j’envoie un petit montage à David Chauvel avec les personnages, une photo en arrière plan, une rondelle pour le bouclier & les étoiles pour le conseil des sept. C’était une proposition lambda, la première couverture que je faisais. Et un an après, alors que le tome I est bouclé, je renvoie un rough qui pour moi était un peu plus intéressant. Alors que sur le premier rough, j’avais choisi de ne pas mettre Aléna parce qu’elle ne faisait pas encore partie de l’équipe, je me suis amusée à faire l’inverse sur le second. Elle est en pied, braquée par des lasers, elle est la cible, elle est le pion.

Piero : Cette couv était moins classique et beaucoup plus dynamique que la première. David a pourtant choisi le premier projet. Malgré tous nos arguments en faveur du second, c’est le premier rough qui a été choisi. Comme il s’agit du premier album d’une nouvelle série, il fallait avant tout présenter les personnages, donner le ton aux lecteurs. Et avec le recul, David avait entièrement raison. Le premier tome est posé tandis que les autres seront des tomes d’action, de plus en plus noirs. Je sais que plus tard, on pourra se faire plaisir... Pour comprendre ce qu’est Egide, le lecteur n’aura plus qu’à prendre les différents tomes, les couvertures lui dévoileront toutes les facettes de la série.
La couverture, ce n’est plus de la BD. C’est à mi chemin entre de la communication et de l’illustration. Il faut montrer que tu sais dessiner, annoncer le sujet sans pour autant tout dévoiler.

Yan : La couverture du tome II est vraiment pas mal, elle est dynamique. Elle est vraiment brûlante, elle résume bien l’album.

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