Vous êtes tous les trois des lecteurs de BD ?
Yan : Oui, je crois que nous sommes tous les trois des gros lecteurs de BD.
Piero : Quand j’ai commencé Egide, je me suis remis à lire de la BD. Pendant dix
ans, j’ai lu plutôt des mangas. J’avais abandonné la BD cartonnée à l’européenne parce
que je ne m’y retrouvais plus; tout simplement. Dans un manga, la production de dessins
est non seulement énorme mais en plus il y a une densité dans le scénario rarement
atteinte dans la BD franco belge. Sans parler du prix.
Quelle est la dernière BD qui vous a le plus marqué ?
Fred : Moi, c’est De Gaulle à la plage (Jean-Yves Ferri). A oui, c’est à pleurer
de rire. Je n’avais pas ri comme cela depuis très très longtemps.
Yan : Moi, j’ai beaucoup aimé le bouquin de Pedroza, intitulé Les Trois Ombres,
super beau, très bien dessiné, beaucoup de poésie. J’ai pris beaucoup de plaisir.
Après, j’ai bien aimé le dernier Spirou, Journal d’un Ingénu d’Emile Bravo. J’ai
adoré, je suis retombé dans Spirou. J’ai eu l’impression de relire le premier.
Piero : Moi la BD qui m’a vraiment scotché c’est La Mémoire dans les poches d’Etienne
Leroux, qui fait à la fois le dessin et la couleur. Il a une technique de dessin et d’aquarelle...
C’est vraiment une très très belle BD.
A propos de collection... Vous êtes collectionneurs tous les trois ?
Fred : J’ai une belle collection de films.
Yan : Je collectionne pas mal de BD. Quand je suis arrivé à Lyon, j’avais comme
ça quelques albums épars de séries. Mon fils à l’époque qui était petit, avait du
mal à faire ses nuits. On ne pouvait regarder que des films en VO sous-titrés sans
mettre le son. Le soir je me suis mis à lire des BD. Je me suis mis à lire
Blueberry, Chihuahua-Pearl j’ai complété mes Asterix, j’ai revendu de nombreux
disques pour refaire ma collection de BD. En l’espace de cinq ans, j’ai accumulé
environ 2500 BD chez moi. Je me suis calmé quand j’ai commencé Egide. Moi, c’est
le contraire de Piero, quand j’ai commencé à travailler dans la BD, je ne pouvais
plus en lire. Je ne pouvais plus les voir. Une fois l’album terminé, j’ai recommencé
à en acheter.
Quel défaut aimeriez-vous gommer dans Egide. Imaginons que je vous remets une gomme
magique entre les mains, que corrigez-vous ?
Fred : Et si on corrigeait le taxi...
Yan : Quand j’ai ouvert l’album, je tombe dessus, je me suis dit, ce n’est pas vrai,
il n’a pas pu faire ça.
Piero : Oui, je me suis planté !
Alors, nous allons garder le suspense et inviter les lecteurs à chercher ce
petit défaut qui apparemment tourne autour d’un taxi, d’accord?
Yan : Il y a aussi une autre erreur lors de l’atterrissage de l’avion aux Açores.
L’avion devait atterrir aux Açores mais je n’avais pas plus de précisions dans le
scénario. J’ai recherché un aéroport aux Açores, j’ai pris le plus gros qui existe
là-bas. Et en fait si on regarde bien, on voit que l’aéroport est celui del Punta
Delgada, or, Punta Delgada c’est en Argentine. Aux Açores, c’est Ponta Delgada.
Un petit détail mais quand même.
Piero : Déjà, si on pouvait gommer le taxi... Au début tout était cohérent. Mais
David n’aimait pas le vert du taxi alors je l’ai refait en orange sans faire le
lien avec la case du dessus où le personnage entre dans le taxi...
Quel chapitre de l’Histoire de notre Monde voudriez-vous changer ?
Yan : Je n’oserais pas la retoucher. C’est trop complexe.
À quel grand homme aimeriez-vous faire une dédicace ?
Yan : Je pense que faire une dédicace à un gamin qui aurait cassé sa tirelire pour
s’offrir Egide me toucherait autant que de faire une dédicace à un célèbre joueur
de football.
Des auteurs fétiches ?
Yan : Moi, je suis super classique, je suis
Franquin &
Hergé
à mort ! J’aime beaucoup aussi les auteurs américains comme Bruce Timm, D.A. de
la version anim' de Batman. Un titre ? "Harley and Ivy" chez DC. avec
Shane Glines et Ronnie del Carmen ... mes idoles!
Fred : Moi, c’est
Goscinny.
Piero : Moi, il y a une œuvre qui ma marqué c’est
Monster, un manga. Elle clôt le débat entre Manga/BD européenne. Un japonais
qui construit toute une histoire en Allemagne ... C’est une œuvre phénoménale. J’attends
toujours le français qui fera une œuvre en béton sur le Japon.
Fred : Il n’y a pas de débat entre le manga et la BD européenne. Moi, j’aime les
deux, je suis un fan d’
Akira,
j’ai toute la collec mais voilà, je ne peux pas tout lire. C’est autre chose.
Et toi Piero pas collectionneur du tout ?
Piero : Je me suis mis à acheter et à lire de la BD mais je ne les collectionne
pas. J’aime les livres, fureter chez des bouquinistes mais pas pour la collection,
plutôt pour changer de mon quotidien. J’aime le côté reposant des livres. Ca me
change de l’écran.
Yan : Quand tu bosses dans les jeux vidéo toute la semaine... Je suis incapable
de jouer à la console le week-end. En revanche, je peux être en extase devant un
Tintin des années 40. Il faut que je le renifle, que je l’ouvre, que je touche les
couleurs, les noirs, les pages de garde bleu foncé, la qualité d’impression... C’est
magnifique ! C’est pour ça que la première chose que l’on a regardé à la sortie
d’Egide, c’est la qualité d’impression.
Et si on imagine maintenant le monde actuel constitué de pleins de vignettes, laquelle
corrigeriez-vous d’un seul coup de crayon ?
Fred : L’Eurovision ! (Rires)
Yan : Moi, je refais l’album ! « Non, j’ai un peu merdé, j’ai mis un peu trop de
victimes, J’y suis peut-être allé un peu fort en Birmanie et en Chine, je recommence
tout ! »
Piero : L’argent, parce que finalement ça ne sert pas à grand-chose, on pourrait
le virer !
Yan : En fait, on s’aperçoit que le Monde, ce n’est pas Egide. Dans Egide, il y
a un mort, deux et encore on ne les voit pas. C’est tout édulcoré même si on a essayé
d’aborder des thèmes plus épineux. Dans le tome II, Egide parle de la main mise
de l’Amérique & de l’Europe sur l’Afrique. Il y a des lecteurs qui vont certainement
comprendre la critique et d’autres qui vont voir cela comme une caricature de l’Afrique.
Mais on n’a pas le temps en un album d’aller plus loin, on a que 46 pages. Normalement
le tome II devait se passer en Côte d’Ivoire et puis on n’a pas voulu trop localiser
ni prendre des ethnies existantes donc on a fait comme dans Tintin, on a créé la
République du Como. Ca n’est pas pour se dédouaner mais...
Fred : C’est moi qui aie pris cette décision. Au début c’était la Côte d’Ivoire,
et puis on a discuté... C’était quand même assez chaud, ce sont deux ethnies qui
se déchirent depuis des années.
Yan : C’est trop grave, on ne peut pas en parler avec légèreté. Egide est une série
légère, on n’est pas là pour dénoncer les choses mais peut-être pour les montrer.